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le blogue-notes de anne-marie dutilh

poemes a partager

BULLE DE VERRE

5 Avril 2021, 18:50pm

Publié par Anne-Marie DUTILH

Il était une fois, posée sur l’angle d’une grande cheminée de pierre blanche, une bulle de verre habitée par un petit poisson. Une bulle cristalline et bien potelée. Une bulle de verre dans laquelle des enfants joyeux avaient créé un décor d’agates et de plantes de nylon. Un décor simple pour un petit poisson vermillon qui coulait des jours heureux. Un petit poisson énergique aux nageoires vaporeuses et transparentes. Un petit poisson prénommé Arthur.

 

Un matin alors qu’il se préparait à prendre son petit déjeuner, Arthur, senti dans sa bouche une chose étrange qui ne craquait pas sous la dent. Alors Arthur mordit plus fort mais rien n’y fit. Il du rejeter ce qu’il pensait être un aliment. Et oh! surprise lorsqu’il vit tomber dans l’eau claire de sa bulle de verre, une petite dent. Arthur venait de perdre sa première dent. Une dent de plancton comme on dit chez les poissons.

 

Alors ce soir, comme le lui a apprit sa maman, Arthur déposera, du bout des lèvres, avec une délicatesse non retenue, sa dent sur la feuille de son nénuphar. Et pendant son sommeil Rigolo, le chat qui rôde régulièrement autour de la bulle de verre prendra la dent et remettra à Arthur une pépite de daphnie.

 

Anne-Marie Dutilh

 

Extrait du recueil petites élégies profanes - dépôt légal 4ème trimestre 2002

 

Selon le code de la propriété intellectuelle, tous droits réservés pour tous pays © Éditions L'Écritoire du Reguin.

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LE PASSAGER ORDINAIRE

8 Mars 2021, 00:22am

Publié par Anne-Marie DUTILH

Ce n'est pas un passager ordinaire. Ce n'est pas un étranger apprivoisable. C'est un migrant opportuniste qui fait parler de lui avec antipathie. Il arrive en sourdine. Il avance à pas lent et déterminé. Rien pour le détourner. Rien pour le barricader. Rien pour l'arrêter. Pas de barrière. Pas de mur. Pas de barbelé. Il ne se présente pas. Il s'impose. Il ne choisit pas sa cible. Il n'a pas de cible. Tout être vivant est prévisible cible. Il n'a pas d'ennemi, pas d'ami non plus. Il fait son lit sans bruit dans le corps sage ou insoumis, tel un adopté indésirable, inévitable, tel un pieux compagnon d'avancé. Il n'abandonne ni le corps, ni l'âme, qu'il grignote sans complexe à petite lippée avec sa persistance déterminée.

Il y a les mots simples pour le nommer et tant de locutions complexes qu'il est difficile de se frayer un chemin sur le front obscur de son histoire. Il fait couler de l'encre ébène et des larmes cristallines. Il tourne la tête des explorateurs, ces sourciers qui scrutent en permanence l'intimité de la vie, et celles de ces émissaires éteints à la déclaration de cet envahisseur qui va réduire jusqu'à l'anéantissement sa cible.

Sur le mur de l'existence il grave son ardeur menteuse sans remord, sans scrupule et la cible choisie glisse lentement dans son histoire avec pour seul horizon, la persistance du sursis.

 

Anne-Marie Dutilh

 

Selon le code de la propriété intellectuelle, tous droits réservés pour tous pays © Éditions L'Écritoire du Reguin.

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LA FEMME CHAUVE

21 Février 2021, 10:06am

Publié par Anne-Marie DUTILH

Ce matin est un matin comme les autres matins. Enfin pas tout à fait. Depuis l'automne, quand l'aiguille diabolique s'était plantée, insidieusement, dans sa poitrine rien ne devait plus ressembler à rien. Surtout pas au passé. Et pourtant elle cheminait avec ce passager cloîtré sans complexe dans son corsage et sa horde de remèdes de haute voltige  prédiquant une hypothétique guérison . Ce matin là,  comme les autres matins elle glissa ses longs doigts raidis et ridés par les années défilées, dans sa chevelure un peu blonde, un peu grise, blond-grisé peut-être. Et même si elle savait son avenir. Si elle était préparée à cette inéluctable séparation. Si elle l'attendait même avec une particulière attention, était-elle réellement prête à se soumettre de front à cette nouvelle physionomie, qu'elle découvrirait à travers le tain d'un miroir. Crâne déserté, glabre, nu, comme le crâne d'un enfant nouveau né. A peine une brève réflexion, la décision était prise, demain elle serait la femme chauve. Sans tristesse, sans angoisse, sans ombre, sans soleil, elle ferait tondre sa toison protectrice et découvrirait sa tête nue qu'elle coifferait d'un chapeau de feutre noir pour protéger sa matière grise des morsures de hiver, en attendant un nouveau printemps.

C'est une évidence le printemps revient toujours après l'hiver.

Anne-Marie Dutilh

 

Selon le code de la propriété intellectuelle, tous droits réservés pour tous pays © Éditions L'Écritoire du Reguin.

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L'OPUS DU SONGE

1 Février 2021, 00:30am

Publié par Anne-Marie DUTILH

Que tous ceux

Qui ont frôlé l'université de son regard

Caressé l'épigraphe de ses secrètes pensées

Ne puissent jamais l'oublier

 

Que tous ceux qui ne l'ont pas su l’apprennent

 

L'amour plus puissant que toute force de vivre

L'éternité phare apostolique de l’existence

Ne connaissent pas le blasphème des frontières du silence

 

A l'opus du songe

Qui sait draper d'obscur

Ses longs doigts de lumière agrippés aux aiguilles du temps

Il n'est pas de temps mort

 

Alors

Apprendre au revers des ombres

Que tout est écrit

En symbole aux feux brûlants des mémoires

Et avoir encore la force d'y croire...

 

Anne-Marie Dutilh

Extrait du recueil à fil d'elle ©La Taverne aux Poètes - Angers - 1998 

Selon le code de la propriété intellectuelle, tous droits réservés pour tous pays © Éditions L'Écritoire du Reguin.

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JE VOUS SOUHAITE...

1 Janvier 2021, 00:01am

Publié par Anne-Marie DUTILH

JE VOUS SOUHAITE...

Je vous souhaite des rêves à n'en plus finir et l'envie furieuse d'en réaliser quelques uns.
Je vous souhaite d'aimer ce qu'il faut aimer et d'oublier ce qu'il faut oublier.
Je vous souhaite des passions, je vous souhaite des silences.
Je vous souhaite des chants d'oiseaux au réveil et des rires d'enfants.
Je vous souhaite de respecter les différences
 des autres, parce que le mérite et la valeur de chacun sont souvent à découvrir.
Je vous souhaite de résister à l'enlisement, à l'indifférence
 et aux vertus négatives de notre époque.
Je vous souhaite enfin, de ne jamais renoncer à la recherche, à l'aventure, à la vie, à l'amour, car la vie est une magnifique aventure et nul de raisonnable
 ne doit y renoncer sans livrer une rude bataille.
Je vous souhaite surtout d'être vous, fier de l'être et heureux, car le bonheur est notre destin véritable.

Jacques Brel

Vœux de Jacques Brel, sur Europe 1, le 1er Janvier 1968

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L'AIGUILLE

25 Novembre 2020, 09:00am

Publié par Anne-Marie DUTILH

L'AIGUILLE

Elle m'a piquée par hasard. […].Un soir d'octobre, salle des pas perdus, nous avons fait connaissance. Elle s'était façonné en silence un lit douillet sous mon aile et profitait de mon innocence pour sceller sa place dans mon corsage. Je m'en suis fait une compagne de passage, une passagère insolite.  Je me suis apprivoisée à sa présence invisible comme une discrète complice, une douce habitude. […]. Je l'ai prise par la main, comme j'aurai pris une enfant égarée. Sa main est une aiguille émoussée, une pince rugueuse, une griffe coriace et indolore, une javeline rude, obstinée, incisive. Elle s’agrippe, se cramponne  avec une affective certitude. […]. Alors nous cheminons ensemble le sourire en coin. Peu importe ses intentions nous sommes unies pour le meilleur ou pour le pire, pour une villégiature temporelle, condamnées à déambuler ensemble sur ce chemin chaotique. 

Alors ensemble, nous irons jusqu'au bout...

Anne-Marie Dutilh

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LA FEUILLE

11 Novembre 2020, 01:00am

Publié par Anne-Marie DUTILH

LA FEUILLE

Une feuille croustillante m'attend ce matin sur le tapis douillet du jardin d'automne. J'aimerais l'enlacer de mes doigts endurcis, charnières rongées par la rouille des années. L'effleurer, serait une offense, une inconsolable souffrance. [...]. J'ose une caresse de mes yeux gris plutôt que bleus pour soulager les meurtrissures de sa chute vertigineuse. Et lentement des mots gris-bleus glissent de mes yeux et se posent sur les courbes d'or de son âme. Elle s'anime d'une joie enfantine, et moi je reste là,  émerveillée à la regarder sourire, à l'écouter savourer ce petit  bonheur matutinal. 

Nous irons plus loin ensemble dans la lumière de ce jour unique.

 

Anne-Marie Dutilh

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EQUINOXE

3 Novembre 2020, 19:10pm

Publié par Anne-Marie DUTILH

EQUINOXE

Le vent d’équinoxe à entreprit son grand ménage d'automne. Il balaie les nuages  comme un gardien de troupeau range ses animaux à la fin des transhumances pour le retour au bercail. Il coiffe les chevelures blondes des cimes et façonne des meules de feuilles cramoisies qui seront des édredons douillets pour le temps de la dormance hivernale. Il bouscule la mer pour offrir en spectacle à nos regards toujours émerveillés des gerbes d'écume victorieuses. [...] Et dans les jardins d'éternité les chrysanthèmes n'en finissent pas d'applaudir leurs saints . Demain un repos prudent emmitouflera tous les artistes de la  vie jusqu'à la première lune vernale.

Anne-Marie Dutilh

Selon le code de la propriété intellectuelle, tous droits réservés Anne-Marie Dutilh © Editions L'Écritoire du Reguin

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VOIR

15 Octobre 2020, 16:56pm

Publié par Anne-Marie DUTILH

Voir

L'aube se lever

Petit point de jour

Eclat diamantaire

Sur les oripeaux de la nuit

Une écharpe de lumière

Nouée

A la figurative ligne d'horizon

 

Embrasement

Sur ce qui

Ne s'appelle pas encore l'azur

Bondissement sphérique

Sur le dos des collines

Cache-cache

A la cime engourdie des arbres

Flamboiement

Sur la mire

Des eaux au repos

 

Voir

L'aube s'effilocher

Filer son angora

Au rouet des nuages

Discrètement

Dérouler l'écheveau crépusculaire

Éveiller

Sa vénusté laineuse

Au clin d’œil

Du petit matin

 

Puis

Voir

Nos regards mi- ouverts

S'éblouir

A la fulgurante lumière

 

Anne-Marie Dutilh

 

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ADIEU JULIETTE GRECO

5 Octobre 2020, 13:30pm

Publié par Anne-Marie DUTILH

ADIEU JULIETTE GRECO

Elle s'en va la grande dame. La Muse de Saint Germain des Prés quitte la scène. Mais ses mots sont installés dans nos mémoires,  précieuses rengaines. 

 

'' Je me sers de ce que je suis. J'ai un instrument, il s'appelle Gréco...J'offre ce que je peux... Le temps qui passe ? Je m'en fous... Je sais seulement que j'ai un curieux pouvoir: celui de ne pas être devenue adulte.  Dans la vie, il faut être grave. Désespéré. Heureux. Passionné. Émerveillé. Mais pas sérieux. Le jour où on se prend au sérieux, on meurt un peu. Je suis vieille, mais je ne suis pas adulte. On pardonne à un homme d'être vieux. Pas à une femme. Avant que les gens me regardent d'un œil attristé, je préfère m'en aller... C'est une question de dignité, de courtoisie et d'amour. S'accrocher, ce n'est pas bien.'' (extraits d'entretiens) 

 

Je suis comme je suis

Juliette Gréco

 

Je suis faite pour plaire
Et n'y puis rien changer
Mes lèvres sont trop rouges
Mes dents trop bien rangées
Mon teint beaucoup trop clair
Mes cheveux trop foncés
Et puis après?
Qu'est-ce que ça peut vous faire?
Je suis comme je suis
Je plais à qui je plais
Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Quand j'ai envie de rire
Oui, je ris aux éclats
J'aime celui qui m'aime
Est-ce ma faute à moi
Si ce n'est pas le même
Que j'aime chaque fois?
Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Que voulez-vous de plus?
Que voulez-vous de moi?
Je suis faite pour plaire
Et n'y puis rien changer
Mes talons sont trop hauts
Ma taille trop cambrée
Mes seins beaucoup trop durs
Et mes yeux trop cernés
Et puis après?
Qu'est-ce que ça peut vous faire?
Je suis comme je suis
Je plais à qui je plais
Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Qu'est-ce que ça peut vous faire
Ce qui m'est arrivé?
Oui, j'ai aimé quelqu'un
Et quelqu'un m'a aimée
Comme les enfants qui s'aiment
Simplement savent aimer
Aimer, aimer
Pourquoi me questionner?
Je suis là pour vous plaire
Et n'y puis rien changer
Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça

Source : Musixmatch

Paroliers : Jacques Prevert / Joseph Kosma

Paroles de Je suis comme je suis © Embassy Music Corporation

 

Adieu et Merci Madame Gréco

 

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